Le casse-tête du mariage binational

par Thibaut Mollard

Il est bien connu qu’organiser un mariage est un projet de longue haleine qui demande des nerfs d’acier et beaucoup de patience. Les jeunes couples craignent en effet toujours d’avoir oublié quelque chose ou que leur fête ne soit pas à la hauteur des attentes. Or, les points de repère, les traditions et les habitudes ne manquent pas. Mais qu’en est-il des mariages entre deux personnes qui viennent de pays différents ? Est-ce vraiment avantageux de connaître les deux cultures ?

La question est légitime et c’est précisément celle qui a occupé mon esprit entre 2017 et 2018. Deux nations différentes, ce sont la plupart du temps deux langues – donc un potentiel problème de communication – mais aussi et surtout deux cultures, donc un problème certain de compréhension. Même si on ne parle ici « que » d’un couple franco-allemand, dont les cultures sont censées être très ressemblantes.

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Tout commence par le choix du lieu où se tiendra la fête. Il faut non seulement se décider entre l’un des deux pays, mais aussi entre la tradition allemande du restaurant et la coutume française de la salle des fêtes. Cette dernière permettant d’avoir plus de flexibilité pour concilier les deux nationalités, elle remporte rapidement les suffrages. Le tout se déroulera en Allemagne car nous sommes sur place pour tout préparer.

Bien, on sait où on veut faire la fête. Mais quand ? Pour une fois, les fiancés sont du même avis : les cérémonies à la mairie et à l’église auront lieu le même jour, un samedi, pour que tous les Français puissent venir sans avoir à prendre trop de congés. Mais voici que les autorités allemandes leur mettent des bâtons dans les roues ! Les états civils d’outre-Rhin ne sont normalement jamais ouverts le samedi. Les Allemands célèbrent en effet leur mariage civil en semaine en comité restreint avant de passer devant l’autel et de faire une grande fête à une date ultérieure. Pour finir, nous avons tout de même trouvé une mairie prête à officier un samedi.

La date et le lieu sont connus ? Parfait ! Passons aux faire-part. Mais on les fait en français ou en allemand ? On n’y coupera pas, il en faut une version dans chaque langue … avec un contenu quelque peu différent … pour que tout le monde comprenne la même chose. Vous voyez ce que je veux dire ? Non ? C’est normal, mais ce n’est pas grave. Mais si vous souhaitez en savoir plus sur l’adaptation en traduction cliquez ici. Le concept s’applique par ailleurs également aux discours et aux menus du mariage.

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Côté opérationnel, sautons les étapes de la mairie et de l’église dont l’organisation, outre la question de la religion et de l’ordre de sortie, est plutôt simple, et parlons un peu plus du moment que tout le monde, et surtout les Français, attend lors des fêtes : le repas.

Là, les choses se complique. Alors pour illustrer le casse-tête, retraçons les réflexions dans un dialogue qui est à peine exagéré. Les noms de Jean et Lisa ont été choisis au hasard, toute ressemblance avec des personnes réelles est fortuite et involontaire. Romantiques et idéalistes s’abstenir :

« Lisa : Bon, on a tout, mais on mange quoi ?

Jean : Bonne question. En apéro, je mettrais du Champagne. Après, peut-être du foie-gras ou des escargots, ensuite des queues de langouste ? En viande un filet de bœuf ? Ah, et puis pour le trou, de la poire ? Sans oublier le fromage bien sûr et le gâteau des mariés, bien sûr !

Lisa : Euh attends, attends ! On ne va quand même pas passer la journée à manger, si ? On n’est pas là pour ça. Ton apéro, déjà, on n’en a pas besoin. Ensuite, ça sera poisson OU viande. Et puis c’est quoi un trou ? Moi j’aurais plutôt pensé à une bonne soupe, un rôti de porc et un buffet pour le dessert. On commence à 18 heures et on a finit vers 19h30 au plus tard, comme ça on aura bien le temps de faire la fête. On ne va pas passer deux heures à table non plus.

Jean :  Oulah, ouais… Sinon on peut aussi faire un pique-nique, ça ira plus vite. Nan, mais tu veux vraiment faire manger les Français à 18 heures ? Chez nous, on ne commence pas de manger avant 20 heures. Et puis de la soupe ? C’est un mariage, pas un enterrement.

Lisa : Bon, je plaisante, on ne va pas s’énerver. Je veux juste dire qu’on se connaît depuis assez longtemps pour savoir qu’il faut faire des compromis, alors pourquoi ne pas réfléchir à un repas qui réunirait ce qu’on préfère dans nos deux pays ? De la charcuterie, il y en a en Allemagne et en France, par exemple. Pour la viande, pourquoi pas du canard ?

Jean : Bonne idée ! Tu as raison. On va faire ce qui nous plaît à nous en mélangeant un peu nos habitudes et préférences. »

Je vous épargne la suite de la discussion et le choix des plats qui se passe tout à fait sans accroc. Reste une dernière question à régler :

« Jean : Et on prévoit quoi pour le lendemain ?

Lisa : Quel lendemain ? Ça veut dire quoi ? Le lendemain, j’espère bien que tout le monde sera parti pour qu’on puisse faire la grasse mat’. »

Après quelques réflexions, on décide d’organiser un petit déjeuner allemand, ou plutôt un brunch, pour, là aussi, ne pas trop s’éloigner des deux habitudes communautaires.

Au bout de plusieurs mois d’organisation, le jour J arrive, aussi ponctuel qu’un Allemand (sans vouloir vexer mes compatriotes). Les Français s’étonnent bien entendu de voir sur le programme que le dîner débutera à 18h quand les Allemands cherchent le restaurant partout. En fin de compte, grâce à des petites attentions envers les deux nationalités et malgré quelques petites surprises de part et d’autre du Rhin, tous les convives se sentent parfaitement bien et passent une excellente journée… ou plutôt un excellent week-end. Pour les jeunes mariés, bien évidemment, il s’agit d’un week-end inoubliable et du plus beau des mariages !

Vive les mariés !

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